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FO Jeunes

 

FO Jeunes

 

 «ÉTABLIR ET FAIRE ABOUTIR LE CAHIER REVENDICATIF»

Géraldine Miralles, responsable de FO Jeunes à la CGT-FO

 

Peux-tu nous présenter FO Jeunes (composition, fonctionnement, etc.)?


Géraldine Miralles, responsable de FO Jeunes à la CGT-FO: D’abord, il faut savoir que depuis la résolution sur la syndicalisation adoptée au Congrès de Lille en juin 2007, la tâche assignée FO Jeunes à la CGT-FO est de réaliser un réseau de coordonnateurs afin de développer la syndicalisation.

Pour cela, la première question qui vient à l’esprit est de savoir jusqu’à quel âge on est jeune. Faut-il prendre le critère strict de la limite d’âge : 30 ans, 35 ans, 40 ans ? Faut-il prendre des critères plus larges comme l’ancienneté dans l’entreprise, dans l’emploi ou dans le syndicalisme ?

À FO Jeunes, nous pensons que l’on peut être jeune dans un emploi, dans une entreprise, dans son engagement syndical et avoir dépassé 35 ou 40 ans. Justifier un chiffre, cela ne veut rien dire. Il appartient donc à chacun, par un choix personnel, d’intégrer ou non le réseau FO Jeunes, indépendamment de son âge. FO Jeunes et le réseau des coordonnateurs représentent des outils à la disposition des militants, des adhérents, des sympathisants et des salariés. Notre but est de favoriser le syndicalisme de terrain, en priorité à destination de nos délégués syndicaux afin que ces derniers puissent faire avancer la syndicalisation à leur niveau et apporter les valeurs et les revendications de FO au plus grand nombre de salariés. Ensuite, FO Jeunes de la CGT-FO s’est demandé comment et par quels moyens organiser et structurer l’action des Jeunes. Au final, le réseau FO Jeunes rassemble:

  • le Secrétaire confédéral en charge du secteur Jeunes : René VALLADON
  • une responsable de FO Jeunes à la CGT-FO moi-même
  • les secteurs confédéraux concernés : emploi, logement, économie, égalité, presse
  • les Structures Jeunes des UD, fédés et syndicats nationaux : (50 structures)
  • un réseau physique de 70 coordonnateurs FO Jeunes
  • et un site internet sécurisé.

Quelles sont les différentes actions du secteur et du réseau FO Jeunes ?

La première action du réseau FO Jeunes a été de construire un cahier revendicatif.

C’est pourquoi nous avons proposé aux coordonnateurs des groupes jeunes de participer à l’élaboration d’un cahier revendicatif FO Jeunes et de son alimentation et actualisation. Une vingtaine de jeunes syndicalistes (ayant tous un mandat électif) ont donc travaillé sur trois axes principaux. Premièrement, l’accès à un emploi stable et durable qui englobe l’orientation scolaire, l’insertion professionnelle et la lutte contre la précarité de l’emploi et les situations spécifiques des stagiaires, de l’intérim, du travail saisonnier, du salarié étudiant.
 

Deuxièmement, la faiblesse du pouvoir d’achat qui couvre l’accès à l’autonomie, l’augmentation des salaires, le RSA, la santé, les jeunes chômeurs, les loisirs. Enfin, l’accès à un logement et le maintien dans le logement qui porte sur les dispositifs existants et les revendications.

Ce cahier revendicatif FO Jeunes, transformé en fiches pratiques peut utilement être décliné dans les départements en particulier en confiant aux structures jeunes le soin de l’adapter au contexte local. En lien avec les secteurs confédéraux concernés, son actualisation permanente en fonction de l’évolution de la situation législative, réglementaire ou économique sera communiquée sur le site FO Jeunes.

La deuxième action du réseau FO Jeunes a été de réaliser un réseau informatisé : le site FO Jeunes. Construire un site intranet privé et sécurisé pour coordonner, échanger, partager et animer la vie du réseau par 3 niveaux d’autorisation d’accès :

Les administrateurs : FO Jeunes de la CGT-FO (et le groupe informatique d’appui technique);

Les rédacteurs : les coordonnateurs FO Jeunes répartis en groupes de travail dont les intitulés correspondent aux rubriques du site.

Les visiteurs : les Secrétaires des syndicats, Unions Départementales ou Fédérations qui ont constitué une structure Jeunes et désigné un coordonnateur FO Jeunes, les membres des structures Jeunes et les secteurs confédéraux concernés.

L’arborescence du site est constituée de plusieurs rubriques qui représentent l’organisation du suivi et du travail du réseau FO Jeunes (sa colonne vertébrale) : La rubrique «Actualités», la rubrique «Cahier Revendicatif», la rubrique «Formation», la rubrique «Boite à outil», la rubrique «Communication», la rubrique «Actions».

Ce site FO Jeunes est le reflet d’un monde perçu par les jeunes comme changeant, vivant et complexe.

 

La troisième action du réseau FO Jeunes est le développement d’outils de communication et de syndicalisation adaptés aux jeunes.

FO Jeunes a construit un certain nombre d’outils électroniques qui sont plus particulièrement destinés à des publics jeunes, adaptables naturellement en fonction des spécificités dans l’entreprise : le livret d’accueil interactif, adaptable, et l’adhésion en ligne, les diaporamas de syndicalisation, les modules de syndicalisation, les gadgets de communication, etc.

FO a proposé une allocation de solidarité intergénérationnelle (ASI) et une allocation jeune salariée (AJS). De quoi s’agit-il?

L’ASI serait une Allocation versée par l’État aux employeurs en compensation du maintien de salaires des salariés seniors (plus de 58 ans) qui acceptent d’exercer une mission de tuteur dans l’entreprise et qui, en contrepartie, voit son temps de travail réduit et son salaire maintenu à 100%. En compensation de l’effort de l’entreprise d’aménager le temps de travail du salarié senior et le maintien total du salaire et tous ses accessoires, l’employeur percevrait de l’État une allocation dont le montant correspond à la fraction du salaire maintenu malgré la baisse du temps de travail.

Dans cette hypothèse, pour un salarié à temps plein, l’organisation du travail et des séquences de travail pourrait, sur une semaine, s’effectuer de la manière suivante : activité professionnelle habituelle pendant 3 jours, la fonction de tuteur pendant une journée, dispense d’activité pendant une journée.

 

Pour Force Ouvrière, la fonction tutorale organisée dans le cadre de l’ASI permettrait 3 aspects :

  • la transmission des savoirs et des savoirs faire techniques et professionnels entre un salarié reconnu pour ses capacités et un jeune qui débute sa carrière professionnelle
  • l’accueil et l’accompagnement des nouveaux entrants au sein du collectif de travail et contribuent ainsi à la réussite notamment des contrats de professionnalisation en évitant des ruptures anticipées de ces derniers
  • un aménagement positif et valorisé des fins de carrière : la fonction de tuteur étant confiée à un salarié ayant des compétences, des qualifications et une légitimité professionnelle reconnue notamment en raison de son ancienneté, elle permet au salarié concerné d’appréhender de façon différente la fin de sa carrière professionnelle et lui permettra de rester plus longtemps en emploi, son temps de travail étant réduit et son activité professionnelle modifiée pour laisse de la place à la fonction tutorale.

 

Le Plan pour l’emploi des jeunes annoncé par le Président de la République le 24 avril 2009 a notamment fixé comme objectif la conclusion de 30 000 contrats de professionnalisation jeunes supplémentaires sur 1 an et 35 000 contrats d’apprentissage.

Pour cela, des aides et incitations financières directes aux entreprises ont été mises en place. Mais aucune mesure n’a été prévue pour aider les jeunes à pouvoir accepter ce type de premier emploi. Aussi, Force Ouvrière demande que le plan en faveur de l’emploi des jeunes soit complété par une mesure les concernant directement : l’'Allocation Jeunes Salariés (AJS). Cette aide a vocation à compenser les frais liés à la prise d’une activité, qu’il s’agisse des problématiques de mobilité, de double logement entre le lieu de travail et le lieu d’apprentissage, de tenue vestimentaire ou d’achat de matériel nécessaire à l’apprentissage du métier. Elle aurait vocation à être versée à tous les jeunes de moins de 26 ans au moment de leur première embauche. La généralisation d’une telle aide a aussi pour but de mettre fin à des inégalités de traitement et de droit qui existe sur le territoire national dans la mesure où certaines collectivités territoriales attribuent ces aides alors que d’autres ne le font pas.

Après avoir constaté que plus 600 000 jeunes de moins de 26 ans sont actuellement à la recherche d’un emploi, que chaque année environ 700 000 jeunes quittent le système éducatif et qu’environ 350 000 jeunes entrent dans un dispositif aidé d’accès à l’emploi, l’AJS pourrait concerner 350 000 jeunes avec un montant forfaitaire de 300 !.

 

Que penses-tu du Plan jeunes, du RSA Jeunes, sous condition, des autres mesures rendues publiques et du livre vert concernant la politique de la jeunesse de Martin HIRSCH?

O Jeunes a suivi avec intérêt l’allocution du Président concernant le Plan Jeunes du 24 septembre 2009 ainsi que les dispositifs annoncés en faveur de l’emploi des jeunes. La confirmation de l’interdiction des stages «hors cursus» est conforme à ce que n’a cessé de demander Force Ouvrière, afin de lutter contre la précarité. Les autres mesures générales sont encore trop éloignées des attentes des jeunes (apprentis, chômeurs ou étudiants) pour leur permettre d’accéder à l’autonomie financière à laquelle ils ont droit. Notre syndicat rappelle, en particulier, sa demande de mise en place d’une Allocation d’Insertion Jeunes pour les moins de 25 ans inscrits à Pôle Emploi, ce à quoi ne répond pas l’extension conditionnelle du RSA.

A l’heure où la crise économique et sociale exige des mesures rapides de relance de l’économie par l’accroissement de la demande intérieure, l’effort budgétaire en faveur des jeunes parait insuffisant au regard des difficultés majeures auxquelles ceux-ci sont confrontés.

La plupart des mesures issues du Plan Jeunes découlent des travaux de la Commission Jeunes du Haut Commissariat aux Solidarités Actives et à la Jeunesse. J’ai participé et suivi la concertation « HIRSCH» concernant la mise en place d’une politique de la jeunesse.

Mon sentiment est que le gouvernement a mis en place une concertation très large sur la question des Jeunes de moins de 25 ans, avec notamment la participation de plus de 50 interlocuteurs sociaux. Je critique vivement cette méthode qui ne favorise pas vraiment le dialogue, qui ne laisse que peu de marges de manœuvre car nous devons nous exprimer sur des propositions émises par le Haut Commissariat. Lorsque nous ne sommes pas d’accord, la mention «consensus non retenu» est ajoutée et très vite les débats s’enlisent entre les différents représentants des jeunes en fonction des intérêts que chacun défend.

Pour Force Ouvrière, les pouvoirs publics doivent relever un défi redoutable. Alors que la crise économique et financière débouche sur une crise sociale sans précédent en terme d’emploi, que le gouvernement ne donne aucune suite favorable à la mobilisation du 29 janvier en termes de pouvoir d’achat, d’emploi, de service public, il semble ainsi difficile, sans remettre en cause les politiques économiques du gouvernement, de prétendre trouver de réelles solutions pour les Jeunes de 16 à 25 ans mais aussi, et nous ne devons pas les oublier, pour les jeunes salariés de 25 à 35 ans.
 

C’est pourquoi FO Jeunes de la CGT-FO reste vigilant sur la capacité du gouvernement à mettre en œuvre ces éventuelles mesures sans modification de sa politique.

Nous avons aussi exprimé notre vive opposition à la création d’un «service public de l’orientation territorialisée» en dehors de l’Éducation Nationale. Le problème essentiel en la matière est celui des effectifs (1 conseiller pour 1 600 jeunes et 1 recrutement pour 6 départs en retraite). FO Jeunes de la CGT-FO se félicite que le livre vert de la Commission «HIRSCH» ait repris à son compte certaines dispositions dont l’Allocation de Solidarité Intergénérationnelle ou encore les différentes primes d’accès ou de retour à l’emploi proposées par Force Ouvrière au «sommet social» du 1er juillet, ainsi que l’interdiction des stages hors cursus.

Quelle vision ont les jeunes de leur avenir, quel est l’impact de la crise sur la jeunesse et quelle est leur position par rapport au discours politique et au syndicalisme?

Depuis un an et demi que je travaille pour et avec les jeunes salariés, je me suis rendue compte qu’ils ont une vision extrêmement négative du présent, de l’avenir et de leur place. Mais ils ne sont pas nés comme ça, pessimistes, défaitistes et fatalistes. Par contre, c’est l’image que leur renvoient comme un miroir les médias, les discours politiques et les acteurs de la société en général, et cela depuis de nombreuses années. Nous avons fait une étude sur les jeunes et leur avenir. Notre premier constat concerne les nombreuses situations d’exclusion du monde du travail entraînant une vision pessimiste de l’avenir.

Durant la scolarité se développe un sentiment de compétition, d’individualité, de choix de dispositifs plus ou moins «nobles», d’inégalités et d’exclusions. Ensuite, pour trouver un emploi, c’est un véritable parcours du combattant et pendant la vie professionnelle, l’angoisse permanente au sujet du niveau de vie dont disposera «le nouvel âge» quand viendra l’heure de la retraite.

En résumé, un jeune actif qui a plus de 40 ans à travailler, qui n’a pas de qualification, pas d’emploi et pas de logement se dit qu’il n’atteindra même pas, au regard de ces conditions de vie plus que précaires, l’âge de la retraite. A ces difficultés s’ajoutent le désengagement de l’État, la montée en puissance du système assurantiel et du marché au détriment de la solidarité nationale, le démantèlement de la Sécurité Sociale ainsi que de la protection sociale en général, ce qui inspire à la jeunesse cette vision négative de son avenir.

Le deuxième constat concerne un sentiment d’exclusion du modèle de société actuelle. Les jeunes, comme les autres et même plus que les autres, subissent de plein fouet les conséquences de la mondialisation des échanges économiques qui transforment le monde en un seul grand marché régi par la libre concurrence, le capital et les multinationales au détriment des pays, des réglementations nationales, des services publics et des salariés. La nouvelle génération est consciente et lucide ; elle ressent comme une éponge la complexité, le vivant et le mouvement perpétuel. Les nouvelles technologies de l’information avec la transmission quasi instantanée d’un bout à l’autre de la planète, l’émergence de nouveaux pays compétitifs dans le paysage international et le réveil de certains autres à la société de consommation ont modifié les données de l’économie. Nous assistons à une redistribution des richesses au niveau mondial entre des pays de tailles différentes, d’idéologies différentes et de niveaux de vie différents, alors que les matières premières deviennent de plus en plus rares.

Les gouvernements et leur choix du capitalisme financier ne peuvent pas continuer à produire des générations sacrifiées. La jeunesse c’est l’avenir et c’est en protégeant la jeunesse que l’on prépare l’avenir.

Le troisième constat est plus positif. La jeunesse, qui représente un formidable potentiel et qui veut y croire, sait que personne ne peut prétendre savoir avec certitude ce que sera le monde dans 10, 20 ou 30 ans. La jeunesse développe comme un paradoxe aux difficultés, un sentiment d’entraide, un retour au collectif et à la volonté de s’engager et de réagir ensemble. Cela doit passer par l’anticipation et par des actions collectives pour éviter la pensée unique qui ne propose qu’un seul modèle d’évolution possible. C’est là que notre syndicat doit jouer un rôle important et ne pas louper le coche du développement de la syndicalisation.

L’accompagnement par les aînés de la nouvelle génération permet de partager une autre vision de la répartition des richesses issue des revenus du monde du travail. Pour se mobiliser et agir, les jeunes doivent être compris, considérés. Par leur investissement syndical, ils acquièrent leur légitimité au sein de notre organisation. Les jeunes et, en particulier, les jeunes travailleurs d’aujourd’hui, ne sont plus des enfants et ne souhaitent pas être traités comme tels. Ils peuvent comprendre beaucoup de choses, admettre certains discours et en rejeter d’autres. Ils sont matures et souhaitent devenir des adultes responsables et réussir leur vie. Ils savent reconnaître les discours à «effet paillette», la langue de bois, surtout lorsqu’ils ne sont pas suivis de mesures et d’actions concrètes. A coté de cette vision préoccupante subie par les pressions de la société, ils développent un besoin d’espoir qui ne demande qu’à se révéler, qu’à se développer au sein d’une structure porteuse de sens, de valeurs, reconnue par son existence, son expérience et ses combats passés, présents et futurs. Par la syndicalisation, la nouvelle génération doit devenir un véritable acteur au sein de Force Ouvrière et une composante incontournable dans les débats et les luttes concernant le dialogue social.

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